Retour en page d'accueil
 
 
Untitled Document
L'association Nos actions L'agenda Nos liens utiles Nous contacter
 
 
 
Bush ou Mountbatten ?

En écoutant débattre les dirigeants américains à propos de l’Irak, ce n’est pas le Vietnam des années 70, qui vient à l’esprit, mais l’Inde des années 40. Alors qu’au Vietnam, l’armée américaine était engagée aux cotés d’une armée nationale contre une autre armée nationale, en Irak, (comme en Inde après 1945), elle est surtout là pour s’interposer entre des communautés, qui avaient su jusque là, (en Inde comme en Irak), contenir leur haine ; même si, dans les deux cas, la puissance occupante divisait les communautés pour mieux régner. Naturellement, les Etats Unis ne sont pas en Irak depuis plus de deux siècles, comme les Anglais en Inde, mais le dilemme de Bush est le même que celui de Mountbatten : partir, c’est abandonner le pays à la partition et au nettoyage ethnique. Rester, c’est être pris entre deux feux.
Alors, qu’annonce l’Histoire pour l’avenir? Après avoir tenté de mettre en place un Etat unique avant de quitter New Delhi, les Anglais décidèrent de s’en aller au plus vite, après des élections anglaises gagnées par un travailliste (Attlee) contre un conservateur (Churchill). La guerre civile explosa alors dans le sous-continent ; des centaines de milliers de gens y perdirent la vie ; plus de 10 millions de gens durent quitter leur village, s’entretuant sur les routes ; enfin, juste avant le départ des Anglais, le pays se divisa en deux, en 3 ; et encore, seul le talent d’un homme, Vallabhbhâi Patel, vice premier ministre, permit d’éviter que la partition n’aboutisse à l’explosion en 600 Etats.
Si le parallèle peut être poursuivi, quand un démocrate remplacera un conservateur à la Maison Blanche, les Américains quitteront Bagdad en catastrophe. Et l’Irak explosera, d’une façon pire, même, que l’Inde, où les Anglais avaient su construire une administration, « le corset de fer », qui organisa magnifiquement la transition, où une exceptionnelle élite politique, fier de l’idée de l’Inde, avait su en sauver l’identité, et où une armée indienne, sortie renforcée de la guerre mondiale, se mit immédiatement au service des nouveaux dirigeants.
En Irak, rien de tel ; et ce pays aura donc, au mieux, le même avenir que l’Inde : une guerre civile, une partition, suivie d’une guerre entre plusieurs nouveaux pays ; avec des conséquences beaucoup plus graves pour la paix du monde.
Pour limiter les dégâts, les Américains doivent réaliser que la partition est inévitable et l’organiser dès maintenant, avec courage et lucidité

jacques ATTALI /18septembre2007


Untitled Document
[ L'association ] [ Nos actions ] [ L'agenda ] [ Nos liens utiles ] [ Nous contacter ] [ Extranet ]