Au-delà de l’ADN !
Le dispositif consistant à pratiquer des tests ADN de manière à établir la filiation naturelle lors d’une demande de regroupement familial ,est une des mesures phare de la loi de Brice Hortefeux. Ce dispositif a fait coulé beaucoup d’encre .En effet,de nombreux experts, observateurs et mêmes certaines personnalités politiques issus même du rang de la droite , qui ont la nuque un peu raide, considèrent qu’adopter une telle mesure, ne serait ce qu’à titre expérimental, bafoue des principes éthiques et juridiques.
Cette disposition, présenté par le député Thierry Mariani , est, en effet, interdite par l’article 16 du code civil qui indique en substance qu’ à l’exception des cas graves et sous contrôle judiciaire, les tests génétiques sont du ressort uniquement de la recherche scientifique ou médicale. Elle est même contraire à la loi de bioéthique de 1994 et confirmé en 2004. De surcroît, elle va à l'encontre du droit national et international, qui garantit comme droit fondamental la possibilité de vivre en famille pour les étrangers comme pour les ressortissant d’un pays.…Et pourtant !
On a entendu « quelques coups de gueule poussifs et de façade » contre cette mesure ; par exemple, celui de Fadéla AMARA, secrétaire d’état à la politique de la ville et conseillère municipale socialiste à Clermont-ferrand. Force est de constater que ces prises de position relèvent plutôt du registre « moi aussi, je l’ai dis alors que je suis membre du gouvernement » plutôt que d’un engagement notoire et sincère!
Cette approche musclée a finalement été adoptée, y compris par le conseil constitutionnel, au nom de la lutte contre la fraude à l’immigration. Elle rompt de manière choquante avec l’idée qu’on se fait de la France accueillante. Elle consolide la dérive discriminatoire initiée par une large frange des décideurs politiques qu’ils soient de gauche ou de droite d’ailleurs.
En ce troisième millénaire, bien que les pays occidentaux - dont la France qui se prévaut d’être la référence en matière de droits de l’homme - fassent figure de référence en matière de justice et de démocratie - ce qui est largement vérifié par rapport aux autres pays en voie de développement - l’adoption d’un telle loi par l’ensemble des institutions de la république française nous laisse à penser que nul n'y est encore égal devant la justice et n’y jouit des mêmes droits humains. Apparemment, les chantiers portant sur les droits de l’homme et l’égalité entre les êtres humains restent perpétuellement ouverts !
Il ne faut pas faire preuve d’un angélisme naïf. La France a le droit de tenir compte de ses réalités socio-économiques, de réguler son flux migratoire, de veiller à l’imperméabilité de ses frontières et de reconduire les sans papiers et les fraudeurs hors de son territoire. Encore faudrait-il que les statistiques ne soient pas la seule motivation recherchée par certains cercles exécutifs des pouvoirs publics .
Mais à notre avis , la question ne se pose pas en ces termes. N’en déplaise aux chevaliers blancs de l’ADN, il s’agit là de faire valoir le droit à la dignité des immigrés installés légalement et conformément à la loi française qui méritent le respect et la compréhension et qui attendent une volonté politique réelle et ambitieuse pour trouver de vraies solutions à leurs problèmes quotidiens qui sont le chômage, la fracture sociale, les logements insalubres, la jeunesse désespérée et l’inégalité des chances. Bref, il s’agit de mettre fin à cette ghettoïsation d’une population étrangère. Car même si on observe quelques avancées positives , cette population souffre d’un certain nombre de maux sociaux croisés qui la fragilise et la rend source de danger réel ou supposé aux regards du législateur et du décideur politique.
Effectivement , nos gouvernants ne doivent jamais oublié que cette population qui forme une brique de la maison France, une note de sa musique, et un plat de sa gastronomie , ne la quittera pas demain, comme ça, d’un coup, en masse. Attention ! Ils vivent ici et apparemment ils y resteront !
Sans ignorer les efforts des divers acteurs publics et associatifs qui s’échinent à meubler la fracture sociale et à tricoter un tissu social profondément déséquilibré, une remise en question est plus que nécessaire, elle est même vitale!
Il faut être lucide et conscient ! Si nous projetons cette cruelle réalité dans un avenir proche, dans deux ou trois futurs générations, les problèmes y seront insolubles et la dislocation de la société française ne sera pas un vain mot. Il est urgent que les décideurs politiques proposent un vrai projet de société solidaire qui englobe cette population marginalisée , plutôt que de présenter des stratégies de développements superficielles édifiées entre autre sur le principe : après tout il y a le BLED, les Karchers et les charters !
Moncef SLITI